Bilan 2019

BILAN DU FESTIVAL | PROBLÈME D’APPROPRIATION CULTURELLE

Le bilan du festival
Attention c’est pas fini !

La genèse

C’est l’hiver dernier que deux copines galvanisées par des festivals féministes, ont eu l’envie d’en créer un à Grrrenoble. Appels lancés sur des listes féministes, bouche à oreille et c’est parti pour le décollage du festival ! Plusieurs asstéroïdes se sont retrouvées autour d’envies communes : reprendre des espaces dans la cuvette Grrrenobloise en mixité choisie sans mec cis, se rencontrer pour se renforcer, échanger des connaissances, des savoir-faire, des réflexions.

Venant d’horizons différents, nous avons essayé de trouver le temps de poser des bases communes au milieu de tout le travail que demandait l’organisation du festival. Nous nous sommes retrouvées autour d’un féminisme à visée intersectionnelle avec la réserve que, comme souvent, nous étions en majorité des personnes blanches et toutes cis-genre. Cela nous a aidé à orienter nos choix de progra’, et à pouvoir communiquer clairement avec les personnes proposant des ateliers, spectacles, concerts… Nous avons également tenté de déterminer comment réagir au mieux, collectivement, en cas de problèmes qui pourraient survenir pendant le festival.

Beaucoup de challenges à relever pour un crew qui ne se connaissait pas et qui pour la plupart n’avait pas organisé d’événements de ce type :

Abattre une quantité de travail de ouf, parce qu’on s’est trop emballé !
Les sous : s’autofinancer et pratiquer le prix libre
Un noyau dur peu nombreux.
Un choix assumé: mettre la fête un peu de côté pour mettre l’accent sur des ateliers, discussions en journées.

Merci parce que vous avez été super !

Aux lieux, surtout au 102 (et les différents collectifs qu’il abrite) qui nous a accueilli sur toute la durée de l’évènement et nous a laissé l’utilisation de l’intégralité de ses espaces.
Aux personnes qui ont proposé des ateliers. Aux personnes qui ont proposé des spectacles/concerts/DJ sets enflammés.
Aux personnes qui ont hébergé des gen-te-s.
Aux personnes qui ont filé des coups de main.
Aux cantines : La Sassouille, Les moissonneuses battantes, Las Vegan, Véro
A la cyclique pour les vélos prêtés aux festivalières.
Aux personnes qui sont venues ! Encore plus nombreuses que ce qu’on avait anticipé ! Des soirées entre 150 et 200 personnes, beaucoup de monde aux ateliers/discussions. Nous estimons à au moins 400 le nombre personnes passées sur le festival !

Merci d’avoir été aussi respectueu-x-ses des lieux et des contraintes qui y étaient attachées (bruit voisinage,etc. qui a nous a amené à faire des systèmes d’entrée-sortie pas toujours très confortable, au 102 notamment). Et enfin merci pour les mots d’amour !

Bilan financier

Pour monter le projet nous avons dépensé environ 3500€.
Tous les jours nous avons réactualisé une jauge galactique de prix libre qui permettait de voir où nous en étions au niveau financier, et malgré plus d’imprévus que prévu on s’en est bien sorti !
Le prix libre ça marche !

Au final, après avoir filé plus de sous que prévu aux lieux qui nous ont accueilli-e-s, il nous est resté 1 800 euros de bénéfices. Voilà ce que l’on en a fait :

1000 E pour les femmes de chambre de l’hotel NH Collection à Marseille en grève (elles ont toujours besoin de notre solidarité pour mener leur lutte : https://www.lepotsolidaire.fr/pot/mcvvrkn0)
200 E pour le collectif bla pour leur action de traduction bénévole et le matériel qu’iels y amèment pour cela aux UEEH (plus d’infos : https://bla.potager.org/fr/ et https://www.ueeh.net/)
300 E pour des demandes éventuelles de collectifs féministes. Si vous avez des besoins contactez-nous.
300 E de fond de roulement des prochains évènements Dalidark – Bad Asstéroïdes

Ce qu’on fera mieux les prochaines fois

Concernant les activités enfants/ados/parents, il y avait une volonté de les intégrer pleinement au festival. Pour des raisons logistiques (lieux, manque de temps ) et de communication (avec le recul, nous pensons que ces évènements auraient nécessité une communication spécifique pour les mettre plus en avant), cela n’a pas vraiment fonctionné : peu de gent-e-s aux ateliers, annulation de dernière minute… Mais c’était une première pour nous et nous souhaitons vivement pouvoir en reprogrammer.

Le système d’inscriptions aux ateliers a pu générer des frustrations… Nous avons quelques pistes pour tenter d’y remédier : tirage au sort, pré-inscriptions, limiter le nombre d’inscriptions par personnes, encourager chacun.e à voir s’iel pourrait avoir plus facilement accès que d’autres à de telles activités, etc.

Nous avons envie de réfléchir à comment visibiliser des problématiques qui traversent les milieux féministes pour réfléchir ensemble et éviter certains écueils, notamment autour de l’appropriation culturelle ( voir page accueil, ci-dessous ), et d’autres sujets sur lesquels nous voulons continuer à co-agiter.

Enfin, nous n’achèterons plus de jus de fruits d’une certaine marque israélienne que nous n’allons pas citer… Merci aux personnes qui l’ont signalé, désolée de notre ignorance et de notre réaction un peu lente…
Longue vie à BDS (https://bdsmovement.net/) !

S’il y a des choses qui n’ont pas été chouettes/que vous avez mal vécues, n’hésitez pas à nous écrire : festivalfeministegrenoble[at]riseup.net

Et maintenant !

Ce festival a permis de créer un crew interstellaire qui a pris autant de plaisir dans l’orga que pendant ces 6 jours, voire plus ! Nous partageons une envie de continuer à faire et s’organiser ensemble, mais… pour le moment pas d’acte 2 pour le festival bad asstéroïdes…Ce sera plutôt des événements plus courts, sur un week-end, avec des ateliers, des échanges, du sport, de l’auto-tattoo, du karaoké, et du choréoké, des concerts etc.

Si tu as envie de participer ou de proposer une pluie d’étoiles filantes n’hésites pas à nous rejoindre pour un voyage intergalactique ! À bientôt pour de nouvelles aventures bad assteroïdales !


Retour sur la soirée de vendredi soir
ou la triste banalité du racisme
en milieu féministe

Appropriation culturelle

Durant la scène ouverte qui faisait suite au cabaret vendredi soir, un numéro a posé problème. Une personne blanche est montée sur scène réciter un texte. Elle portait en guise de jupe, un foulard rouge à piécettes, qu’on connaît généralement en (F)Rance pour leur utilisation en « danse orientale » (terme assez problématique et qui n’a aucun sens d’ailleurs).

Cette tenue n’est pas acceptable portée par une personne blanche, et a donc heurté de nombreuses personnes. Elle participe à un phénomène assez courant qui consiste à choisir comme « costume » des tenues (ou autres) venant d’autres cultures, d’autres pays en les vidant de leur sens, de leur histoire, etc. Comme par hasard, ce sont le plus souvent des éléments issus de peuples qui ont été colonisés (notamment par la (F)Rance)… Ce phénomène est une des facettes de l’exotisation et de l’appropriation culturelle.

Pendant ce numéro, une personne de l’orga du festival a été interpellée par des camarades blanc.he.s et racisé.e.s assez en colère, et est venue trouver d’autres membres de l’orga, aussi assez atterrées, qui ne savaient pas comment réagir.

NB : Il est important de préciser que dans le noyau dur présent au quotidien sur le festival, nous sommes toutes des personnes blanches.

Dans le speed, nous avons décidé de faire une intervention à la fin du numéro pour poser le problème, s’excuser et inviter la personne en question à venir nous parler. Nous avons pu discuter avec elle et avons constaté, que dans son cas comme souvent, ce foulard ne représentait rien de précis, il n’y avait pas d’intention derrière, juste un manque de réflexion… Et c’est là tout le problème !

Responsabilités individuelles et collectives

En effet, dans ce milieu féministe (majoritairement blanc), on imagine mal quelqu’1 monter sur scène et dire ou faire des choses racistes assumées avec pour but d’attaquer des personnes racisées… Pourtant le racisme est encore extrêmement présent, sans aucune mauvaise intention, souvent le résultat d’un manque de réflexion, dont seules des personnes privilégiées peuvent avoir le luxe. Preuve en est : rares sont les rencontres féministes/TPG/etc. où des problèmes liés au racisme ne surviennent pas.

Après ce numéro de la scène ouverte, l’open mic a débuté avec un texte qui faisait référence à la « magie noire ». L’utilisation de ce terme par une personne blanche nous questionne aussi, on n’a pas fini d’y réfléchir et on’a pas encore pu en parler avec elle… On a conscience que de nombreux termes et expressions usuelles appartiennent à l’imaginaire raciste et colonial dans lequel nous sommes tou.te.s baigné.e.s. Là encore, sans vouloir faire de procès d’intention à personne, nous pensons que cet imaginaire crée des réflexes qu’il nous reste à déconstruire et qui sont l’un des symptômes de tout un mode de pensée lui-même à déconstruire.

Nous ne voulons pas passer pour des donneuses de leçons qui ont tout compris et nous ne nous considérons pas comme des alliées infaillibles qui ne pourraient jamais avoir des réactions/propos racistes. De la même façon, nous ne considérons pas que les actes racistes sont (toujours) l’œuvre de personnes trop craignos qu’on peut pointer du doigt en se félicitant d’être meilleures qu’elles. On fait toutes notre chemin au rythme de nos rencontres et de nos ressources (ce qui ne veut pas dire que ce qui s’est passé n’est « pas grave » ou « acceptable »). Dans l’orga nous avons eu plus ou moins l’occasion de bénéficier de la pédagogie de camarades blanc.he.s et racisé.e.s et nous n’en sommes pas toutes au même point sur cette question. En tout cas, il nous reste à toutes du chemin à faire ! Nous avons la volonté de porter de notre mieux une responsabilité politique qui implique d’intervenir quand des actes racistes surviennent et de prendre du temps pour discuter de façon constructive avec les personnes impliquées.

Nous pensons que les personnes blanches peuvent vraiment avancer sur les questions de racisme intégré dans ce genre d’occasions qui amènent du débat et de la réflexion, mais c’est toujours sur le dos des personnes racisées…

Réaction de l’orga

A la fin de la soirée, les personnes toujours présentes de l’équipe d’orga se sont réunies et nous avons discuté de ce problème pour voir comment réagir et ce que l’on aurait pu faire pour que cela n’arrive plus.Nous avons donc décidé, d’écrire ce texte, où nous voulons à nouveau présenter des excuses. La problématique de l’appropriation culturelle s’était déjà posée sur des propositions d’ateliers et de numéros pour le cabaret et s’était réglée assez facilement suite à des échanges plutôt chouettes et constructifs entre l’orga et les personnes qui avaient formulé ces propositions.

Mais, conscientes donc, de ce problème récurrent, nous aurions dû voir le vrai besoin d’apporter du contenu sur ce sujet et proposer un/des textes sur ce thème sur notre site internet et/ou sur les lieux du festival et même un atelier/discussion. Bien sur ça n’évite pas tout, mais il nous semble important de tenter tout ce qu’on peut. Nous avons décidé d’imprimer quelques textes. Si vous avez connaissance d’autres textes chouettes sur ce sujet ou autres, n’hésitez pas à nous les faire parvenir et nous les imprimerons.

Retours & discussions

Nous sommes aussi tout à fait preneuses de retours/idées sur comment faire mieux, et ouvertes à discuter le sujet plus en profondeur, mais malheureusement nous pensons pour l’instant être déjà trop prises par l’orga du festival pour pouvoir proposer un temps formel de qualité autour de cette problématique, mais si ça change on vous tiendra au courant, et si d’autres se motivent, c’est super ! Voilà, donc encore une fois, on se contente d’être réactives plutôt que pro-actives, tristement classique…

On espère que nous (ou d’autres!) ferons mieux la prochaine fois !

L’orga crew de Bad Asstéroïdes